La silicolonisation du monde nous mènera du rêve au cauchemar Éric Sadin  écrivain et philosophe

La silicolonisation du monde

Aujourd'hui, nous entrons dans une nouvelle étape de la numérisation progressive du monde. Celle de la dissémination tous azimuts de capteurs. À terme, toutes les surfaces sont appelées à être connectées: corps, domiciles, véhicules, environnements urbains et professionnels… Cette architecture technologique entraînant un témoignage intégral de nos comportements permettant à l'économie du numérique de s'adosser à tous les instants de l'existence, de n'être exclue d'aucun domaine, et d'instaurer ce que je nomme une «industrie de la vie» cherchant à tirer profit du moindre de nos gestes.Volonté de toute-puissance, névrose de l'enrichissement perpétuel et déni de l'imprévisibilité du réel et de la mort, à l'œuvre dans le délire transhumaniste. Facteurs qui ne s'additionnent pas, mais qui se potentialisent entre eux comme il est dit en médecine. C'est-à-dire que leurs effets néfastes se démultiplient au croisement des autres, faisant d'ores et déjà céder de nombreuses digues de toutes natures en un temps réduit entraînant une conséquence majeure: la soudaine perte de repères à toutes les échelles de la société. Ce qui aujourd'hui rend possible ces dérèglements, c'est l'avènement des technologies dites «de l'exponentiel». L'expression supposant que les bornes jusque-là tracées n'ont plus de raison d'être, que toutes, un jour ou l'autre, sont appelées à être franchies, entérinant dans la langue, consciemment ou inconsciemment, cet irrésistible ouragan. Ouragan dont la particularité est qu'il dessaisit la société de sa capacité à se prononcer en conscience et par la délibération collective, conformément à des exigences démocratiques fondamentales. .

l’Intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle

Cette ambition de concevoir des systèmes modélisés sur le cerveau humain guide les recherches menées dans les laboratoires. IBM, par exemple, dit avoir mis au point des puces synaptiques, et Intel a élaboré une puce dite neuromorphique. Mais il s’agit là d’un vocabulaire impropre : nous n’avons, en aucune manière, affaire à une réplique de notre intelligence, même partielle. Le terme «intelligence artificielle» est un abus de langage laissant croire qu’elle serait naturellement habilitée à se substituer à la nôtre en vue d’assurer une meilleure conduite de nos vies. Il faut remettre en cause cette appellation anthropomorphe. En vérité, ce qui est nommé «IA» représente un mode de rationalité technologique cherchant à optimiser toute situation, à satisfaire nombre d’intérêts privés et, au bout du compte, à faire prévaloir un utilitarisme généralisé.

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une économie adossée au flux de la vie

 

la honte prométhéenne

“En 1965, l’alerte était déjà donnée : « L’organisation du travail a introduit une sorte de chasse à l’homme dans l’usine. Le corps humain est le seul point faible d’un ensemble mécanique. Ce n’est qu’au moment où le dernier homme aura été chassé de l’usine que l’on pourra envisager le perfectionnement harmonieux et sans limites de l’ensemble des machines » (Aurel David, La Cybernétique et l’humain, éd. Gallimard). Dix ans auparavant, un philosophe que l’on redécouvre aujourd’hui, Günther Anders, avait diagnostiqué chez ses contemporains une drôle de pathologie : « la honte prométhéenne ». En d’autres termes : la prise de conscience accablée que nous ne sommes pas à la hauteur des machines que nous avons produites. De là à ce que nous cherchions selon lui à nous soigner… en imitant ces machines ou en nous conformant à leurs exigences tyranniques, il n’y aurait rien eu d’étonnant. De fait, il est aisé de constater combien les Modernes que nous pensons être, habités naturellement du désir d’autonomie, excellent à s’enchaîner aux automates de tous poils et  à réclamer les robots qui les délivreront du souci de décider. Le constat est banal. La réalité n’en est pas moins toujours surprenante : avez-vous besoin de solliciter quelque service ?, il vous faudra vous plier aux commandes de programmes destinés à reconnaître la forme de votre visage (ne souriez pas sur la photo, cela déroute la machine) ou à identifier votre voix et vos empreintes (surtout ménagez votre mécanique corporelle afin qu’elle livre les signes attendus). Que de masochisme chez l’utilisateur du téléphone contraint à appuyer sur les touches qu’on lui dicte, à entrer dans les cases ou à utiliser les mot-clés prédéterminés par on ne sait quel ingénieur réfractaire aux adjectifs, à l’humour et aux figures de rhétorique !

Jean-Michel Besnier, professeur à Paris-IV Sorbonne

 

http://la-philosophie.com/homme-machine

 

L'ÉVOLUTION DE DEMAIN ?

Les mots : concurrence vitale, sélection naturelle, sont remplacés actuellement par : qualité du milieu écologique ou de l’environnement, écosystème. L'évolution témoigne que chaque espèce doit être en équilibre avec son milieu et disparaît si elle néglige cet équilibre trop longtemps. Les changements qui subsistèrent sont ceux qui ont permis une meilleure relation de l’espèce avec les autres espèces et le milieu, lui permettant ainsi de vivre. L’unité organisée et évoluant qu’est chaque être ne se développe qu’en découvrant de meilleures relations avec tout son milieu.

Chaque être ne vit que dans certaines marges de milieu physico-chimique et biologique. Découvrant, grâce à ce qu’il est sans le savoir, de meilleures relations avec ce qui l’entoure, il va, sans le connaître, vers le règne d’un ordre que nous ne chercherions pas si nous ne le connaissions déjà d’une certaine façon.

L’inquiétude actuelle devant la démographie galopante, la crise de l’énergie, la pollution de l’environnement, a sa source dans l’extraordinaire pouvoir que les outils, les techniques, les sciences ont donné à l’homme de transformer l’écorce terrestre, non plus au rythme lent qui limitait les échecs, mais avec une vitesse et une étendue qui rendent imaginables les conditions d’une fin de la vie humaine sur la terre. Comme dans des séries de matchs éliminatoires, l’homme a fait disparaître ou a domestiqué la plupart des autres espèces. Celles qui s’opposent à ses récoltes — insectes, virus, unicellulaires — sont beaucoup moins nombreuses mais beaucoup plus redoutables parce qu’elles ont trouvé le moyen de subsister. Si un jour il ne reste plus que lui comme espèce vivante, il devra avoir connu et dominé toutes les astuces que 3 milliards d’années d’évolution ont inventé pour rendre l’homme possible.

Un point paraît sûr : la vie ne peut se maintenir que si l’écosystème reste en équilibre. Il a déjà surmonté de bien grands obstacles : la vie sans oxygène gazeux, l’élévation des concentrations des mers primitives, la vie en terre ferme, les ères de glaciation. Maintenant il s’agit de la crise du savoir, liée au système œil-main-cerveau conféré au bipède humain. C’est à ce savoir de maintenir en équilibre le bilan d’énergie et de matière de la biosphère.

Les bilans d’énergie et de matière doivent rester en équilibre. La vie de l’homme dépend de l’énergie solaire qui fournit par la photosynthèse à la fois les 20 % d’oxygène de l’air indispensables et les nutriments dont il n’est plus capable de faire la synthèse. Or, il suffit de 50 ans d’arrêt de la photosynthèse pour que la vie animale disparaisse. La forêt reste le seul système continuant à enrichir la biosphère en matières organiques. Ce système diminue rapidement. L’homme consomme, en gros, 190 fois plus de calories « nutritionnelles » que son corps n’en restituera à la terre sous forme de matières organiques. C’est l’animal le plus onéreux en énergie organique parce que c’est celui dont la durée de vie sans croissance est la plus longue. L’énergie qu’il restitue à la biosphère est celle du savoir, de l’information. Toute la question est de savoir quelle sera la qualité et l’usage de cette énergie d’information. L’utilisera-t-il, comme le craint Valéry, en un immense feu d’artifice où la civilisation disparaîtra avec la biosphère, ou arrivera-t-il à donner naissance à un autre système vivant ? Jouant les apprentis sorciers en tuant les microbes et les insectes, ne finira-t-il pas par développer des virus ou des espèces plus rusées que lui qui peupleront la terre à sa place ? Ou encore, dans la ligne des observations de Darwin, triomphant un temps, grisé, vaincu par sa victoire, n’abandonnera- t-il pas les comportements laborieux qui ont assuré sa place suprême pour des comportements de parasite annonçant sa fin proche, comme un fils de famille élevé dans la richesse ?

Mais, au lieu de se lancer dans la science-fiction et les aventures folles ne vaut-il pas mieux reprendre la grande leçon de l’évolution : c’est en étant fidèle à ce petit microcosme qu’est chaque être que les grands macrocosmes s’équilibrent. En donnant un sens humain réel à chacun de nos gestes, nous serons fidèles à nous-mêmes et par conséquent à tous. Le grand danger qui menace l’homme c’est bien plus la décadence de l’homme que celle de son environnement, le parasitisme qui s’installe quand l’acte de consommation suit immédiatement le désir. C’est dans le chemin qui sépare le désir de celui qui l’apaise que l’homme reste homme et retrouve son sens et sa place et que se révèle un peu ce qui reste à naître.

J.TREMOLIERES

 

sociologie industrielle G FRIEDMANN

Les techniques, en pleine croissance dès la diffusion de la machine à vapeur dans les manufactures, se sont, depuis les débuts de la seconde révolution industrielle (c’est-à-dire, à peu de chose près, depuis la mort de Karl Marx), multipliées, compliquées, renforcées à un rythme hallucinant. Des transformations quantitatives ont conduit, vers le début de notre siècle, à une prodigieuse mutation qualitative : alors surgit un nouveau milieu des sociétés humaines industrialisées, le milieu technique, avec lequel le socialisme, en théorie et en pratique, doit désormais compter. ... La jungle d’influences quotidiennes qu’il installe ne fait que s’épaissir, menaçant de plus en plus les valeurs humaines de l’individu, de la culture, dans tous les pays d’industrie évoluée, en Europe comme en Amérique. La prolifération diurne et nocturne des techniques, la ronde infernale des besoins (qu’elles créent et qui, à leur tour, les nourrissent), leur rythme, leur intensité commandent des actions de plus en plus nombreuses sur l’individu, son affectivité, sa mentalité, son équilibre physique et moral et posent, pour l’avenir (ou le renouveau) de la civilisation, des problèmes toujours plus aigus. L’observation récente de ces actions quotidiennes, aux U. S. A., nous a montré à quel point ces problèmes y sont graves, avec quelle attention les sciences de l’homme doivent se tourner vers ces domaines dont beaucoup sont encore entièrement inexplorés.

Mais, répondent certains marxistes, ceux du moins dont le marxisme offre, toute forgée, la clé qui ouvre toutes les portes, la réponse à tous les problèmes humains du siècle, ce sont là des réalités qui ne concernent que la société capitaliste.

Là, le machinisme multiplie les aliénations, écrase l’homme physiquement et moralement. En U. R. S. S., vos questions n’ont aucun sens. La suppression de la propriété privée des moyens de production supprime en même temps tous vos pseudo-problèmes. Votre « nouveau milieu » s’arrête aux frontières de l’U. R. S. S. et des démocraties populaires.

Voilà précisément ce qui n’est nullement démontré ni théoriquement  ni pratiquement, par l’observation du monde contemporain. Les techniques dont le complexe caractérise le nouveau milieu, répondent à la définition des « faits de civilisation », telle que la donne Marcel MAUSS, et se rencontrent dans des sociétés de structures économiques fort diverses. Tout ce que nous savons de plus valable sur la société soviétique nous indique que s’y constitue, là aussi, un milieu technique où les problèmes humains ne sont pas ipso facto dépassés par le jeu des actuelles institutions. ... L’aventure de la civilisation industrielle, vue sous l’un de ses aspects essentiels, peut être ainsi définie : l’espèce humaine parviendra-t-elle, et comment, à dominer les techniques, à les faire servir au bien-être des masses, mais aussi à la dignité et à la culture de l'individu ?

Supposons écarté (ou surmonté) le proche péril des catastrophes atomiques. Il s’agit de savoir de quel prix l’humanité va payer le déchaînement des moyens qu’elle a accumulés et de quelles fins humaines (ou inhumaines) ceux-ci vont être l’instrument. ...

Le développement du « technicisme » dans les sociétés contemporaines, même dans celles du type de l’U. R. S. S., est un danger et, si l’on excepte l’autodestruction par les armes atomiques ou biologiques, le plus grave qui menace l’humanité du XXIe siècle.

 

La globalisation du système informatisé.

Le mouton de Panurge dans le domaine financier.

La spéculation s’est déchainée à l’échelle de la planète qui lui était offerte. L’ordinateur, instrument de déconcentration des formes matérielles, s’est révélé être aussi un formidable outil de concentration et de traitement de l’immatériel.

Dans un univers globalisé par l’évolution des transports et des technologies de l’information, le secteur financier, parce qu’il manipule précisément de l’immatériel, se trouve particulièrement favorisé. De toutes les sphères d’activité, c’est donc celle-ci, mettant en contact permanent, de jour et de nuit, toutes les places financières du monde, qui a le plus bénéficié du développement de l’informationnel. La fixité des échanges ayant disparu, les monnaies deviennent objet de spéculation, s’échangeant essentiellement les unes contre les autres. Il en va de même avec les actions constituant le capital des entreprises. Désormais alimentés par la recherche de quelques centièmes de point de variation-non effective, mais simplement anticipée-, les flux d’argent se déplacent, tournent et s’enflent de façon disproportionnée.  « Les mouvements financiers, écrivait dès 1987 Jean Peyrelevade, alors président de la banque Stern, sont devenus sans aucun rapport avec ceux des marchandises »… « de cette opposition entre la sphère de l’économie et celle de la finance nait une instabilité fondamentale qui risque, si l’on n’y porte pas attention, de nous emporter tous »

Ce n’est pas une logique de l’homme. André Orléan montre comment l’émergence d’une économie de marché financier s’accompagne de l’apparition d'un nouveau pacte social fondé sur une conception toute financière des droits individuels. « L’individu y est défini comme un portefeuille de droits-créances dont il faut défendre la valeur ». Tout ce qui s’oppose au rendement de ce portefeuille est donc remis en cause : la protection sociale, la fiscalité (donc la fonction politique de l’état) ; la monnaie dans ses formes traditionnelles se trouve contestée en tant qu’elle saisit l’individu et son appartenance à la communauté marchande dans la globalité de ses déterminations, c’est-à-dire sous le double registre de ses dettes économiques en tant qu’il est un agent économique inséré dans la division marchande du travail et de ses dettes sociales en tant qu’il est un citoyen, détenteur de droits sociaux constitués historiquement .

Ce n’est pas vers la consécration de la personne que l’on s’achemine, mais vers un renforcement du réductionnisme que comportait déjà la notion d’individu chère à la pensée libérale.

On nous présente le financier comme le vigile annonciateur de l'avenir, il n'est que le mouton de Panurge.

Le pouvoir économique se déplace du niveau des nations à celui de la planète et de la sphère publique à celle des intérêts privés.

R. PASSET

 

Dans l'ombre de l’hubris, sur les pas de l'eugénisme,

le transhumanisme nouvelle religion de l’homme ?

 

le transhumanisme connait un essor soutenu, l’objectif étant d’améliorer les performances humaines en assurant la convergence NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives). Durant la première moitié du XX siècle l'eugénisme devait permettre « l'évolution de l'humanité et son contrôle » et à l'époque les scientifiques s'exprimaient ainsi : « Pouvons-nous développer une génétique si solide et si complète que nous puissions produire dans le futur des hommes supérieurs ? ». Les discours tant scientifiques qu'idéologiques plus ou moins sérieux se sont développés ces vingt dernières années ornés de personnages  prophétiques  prétendant prédire le futur et rêvant d'une humanité qui se serait débarrassée de la mort.

 

 

Le transhumanisme est un tournant majeur dans la destinée humaine. C'est une mouvance intellectuelle qui prétend accroître les capacités du cerveau, allonger sa vie, connecter son cerveau avec des intelligences artificielles. Elle pose cependant des problèmes éthiques particulièrement important.  On aboutit à une réelle désintégration de l’homme tel qu’il était perçu jusqu’à aujourd’hui. Le danger est que cette tentation ne semble plus aussi invraisemblable que cela dans la masse sociétale. S'il fallait classer ce nouveau courant, sa doctrine se situerait dans la réalité matérialiste, mais loin de réduire le débat à une bataille d'idéologie éculée, il faut aborder cette question en ayant à l'esprit que le rapport à la technique prend une autre tournure avec les "nouvelles technologies"se voulant beaucoup plus proches du corps de l'homme.

 

Le transhumanisme peut apparaître aujourd’hui de plus en plus invincible mais il se trompe en fait fondamentalement sur plusieurs points essentiels, entre autres, quand il confond corps humain et mécanique pouvant devenir parfaite, liberté et puissance et quand il fait preuve d’une réelle  incapacité à penser de façon cohérente la place de l’esprit qui s’inscrit dans une conception erronée de la liberté, laquelle n’est plus conçue que  comme une pure puissance, pur exercice sans autre but que lui-même, indifférent à toute fin, à tout besoin.

 

Le développement technique permet d'augmenter les capacités et possibilités de l'homme depuis toujours de la roue à la maîtrise de l'énergie atomique, en passant par l'imprimerie. Sur le plan philosophique, cette possibilité a été nommée sous le terme de "progrès" par la modernité, mais il y a quelque chose de nettement différent dans le transhumanisme. Changer l'humain serait positif, car cela pourrait signifier la libération des contraintes de la nature, comme la maladie ou la mort.

Avec les progrès de la biologie et du numérique, la frontière entre l'homme et la machine s'estompe. On pourrait dire que le transhumanisme est un dérivé de l'humanisme, car il ne veut pas seulement préserver l'être de l'homme, mais l'augmenter, le transformer.

Si le versant éthique de l'humanisme prône la dignité et la valeur de tous les individus humains et rejette les formes d'assujettissement, une partie des transhumanistes n'est pas humaniste au sens éthique, elle verse dans une démarche élitiste en souhaitant pouvoir s'affranchir de l'humain en tant que tel. 

La controverse se développe, le transhumanisme s'enveloppant d'une aura technologique qui risque fort d'aboutir à une impasse.

A suivre...G.O.

Le souci de la nature C. FLEURY A-C. PREVOT

Les sociétés dites occidentales (comme en France) ont construit leurs relations à la nature sur un mode naturaliste (voir Descola 2005), qui pose l’être humain comme séparé du reste de la nature. C’est cette ontologie qui prévaut dans les politiques actuelles de mises en réserve de certains espaces - en y contraignant les activités humaines les plus dommageables. La loi Grenelle 2 et les trames vertes et bleues sont une première intégration de la nature et des activités humaines. Pour ouvrir la voie vers un nouveau paradigme qui relierait les avenirs des humains et de la biodiversité, commençons par explorer ce que les scientifiques de la conservation appellent la « reconnexion » avec la nature :

Selon deux hypothèses complémentaires, les individus humains des sociétés occidentales sont en train de perdre peu à peu leurs liens à la nature. La première, développée par l’écologue et naturaliste Robert  M. Pyle (1978) et reprise par Jim Miller (2005), s’appelle « l’extinction de l’expérience [de nature]». Dans sa définition originale, R.M. pyle explique que la crise de la biodiversité concerne aussi bien les espèces que nous côtoyons tous les jours, et dont l’ « expérience » ne peut être remplacée par une connaissance théorique ou virtuelle. Or nous avons besoin de ces contacts avec la nature, nous les recherchons, sans en avoir toujours conscience, car l’intimité que nous avons avec elle fait du bien - il reprend en cela l’hypothèse de la biophilie développée par Kellert et Wilson en 1993. Mais R.m. Pyle va plus loin : pour lui, sans un contact intime avec la nature, nous entrons dans un cycle vicieux (notamment dans les villes) et donc à la crise. De façon indépendante, Peter Kahn, psychologue de l’environnement, propose l'hypothèse d’une « amnésie environnementale générationnelle ». Dans un texte publié en 2002, il définit ainsi cette hypothèse :

Je pense que nous considérons l’environnement naturel dans lequel nous grandissons comme la référence qui nous servira à mesurer les dégradations environnementales plus tard dans nos vies. De génération en génération, les dégradations de l’environnement augmentent, mais chaque génération considère le niveau dégradé dans lequel elle grandit comme un niveau non dégradé - comme un niveau normal. J’appelle ce phénomène psychologique l’amnésie environnementale générationnelle (p. 106) [traduction ACP].

…//…En 2012, Williams et coll. ont montré que les illustrations des livres pour enfants canadiens publiés entre 1938 et 2008 représentaient de moins en moins de paysages de nature et de plus en plus de paysages bâtis avec les années de publication. En 2015, A.C. Prévôt et coll. ont pointé le même phénomène dans les longs- métrages produits par Walt Disney entre 1937 et 2010. Comme si les représentations cognitives des paysages extérieurs évoluaient avec les générations de dessinateurs.

…//… Jean-Jacques Rousseau « Faute de savoir se guérir, que l’enfant sache être malade : cet art supplée à l’autre, et souvent réussit beaucoup mieux ; c’est l’art de la nature », écrit- il en 1762 dans Emile, de l’éducation (p. 47). Cette proposition a souvent été considérée comme un signe de l’idéalisme du philosophe. Mais pourquoi ne pas y relever tout son aspect dynamique, sa conscience de l’adaptabilité comme expression fondamentale de la capacité d’expérience qui existe chez l’être humain, soit ce qu’il peut apprendre non pas uniquement par les livres, mais par le vécu et l’observation de sa nature, humaine et environnementale ? Cela ne vient pas nier la nécessité d’invention pour bien vivre et penser, cela vient simplement souligner que « savoir être malade », apprendre à affronter sa propre entropie, connaître ses limites et ne pas les craindre, savoir réguler l'entropie, la corriger, ne pas provoquer d’autres dysfonctionnements plus arbitraires et artificiels encore, est un chemin qui mène également l’être humain vers plus d’autonomisation, au sens où celle-ci est toujours une juste analyse de l’interdépendance dans laquelle il se situe.

La proposition de Rousseau reste toujours d’actualité, à un moment de notre histoire où la crise environnementale et celle de la biodiversité devraient nous faire réaliser les limites de certaines de nos pratiques collectives. Si les changements sont encore difficilement acceptables et acceptés dans notre société, quelques initiatives institutionnelles apparaissent ; d’autres, sans doute plus nombreuses, sont issues du monde associatif et d’initiatives citoyennes. Certaines pratiques valorisent déjà les expériences de reliance à la nature dans leur dimension thérapeutique ou de développement personnel (méditation, chamanisme, etc.) et mériteraient sans doute d’être popularisées et légitimées. Comprendre en quoi toutes ces initiatives contribuent à modifier notre vision collective de la nature, de la biodiversité et du fonctionnement de nos sociétés, apportera des éléments pour construire un monde plus durable dans lequel de nouveaux rapports à la nature susciteront des relations sociales, économiques et politiques apaisées. Les intellectuels et les chercheurs se doivent de participer à cette aventure de renouveau démocratique.

Cerveau augmenté, homme diminué, Miguel Benasayag

 

En biologie n'y aurait-il plus aucune singularité du vivant. Le monde du concept, de la subjectivité, pourrait-il être remplacé par des algorithmes.  Je travaille en tant que chercheur sur le fait qu'il existe une singularité irréversible du vivant. Dire que le monde réel n'est pas autre chose que de l'information réductible à des  "0" et "1" que l'on peut stocker sur des disques durs pour le reproduire ailleurs en l'augmentant est une erreur. Ce qui n'est pas modélisable, ce sont les systèmes dynamiques évolutifs soumis à l'aléa et à une tangente vers l'infini, quelque chose que je ne peux modéliser parce que il y a un infini dedans. Ce que je modélise comme un point existe dans la réalité comme un intervalle. On peut cartographier le cerveau aujourd'hui mais croire que il y a le tout dans ce que je cartographie est une erreur. Dans le cerveau, contrairement à l'ordinateur, une idée entraîne une modification physique. Par exemple, quand je lis, quand j'étudie, les réseaux de neurones du cerveau se développent ou pas, tandis que dans l'ordinateur c'est un logiciel qui "tourne" dans des puces fixes.

D'autre part un cerveau ne pense pas tout seul, une pensée peut mettre en jeu l'estomac, les pieds, l'écosystème etc.

L'ordinateur fait des calculs de façon étanche. L'ordinateur ne désire pas jouer au "jeu de GO", il répond à des tâches précises, la signification de jouer est une singularité de l'humain. Sur le point de singularité, qu'est que l'intelligence si c'est le fait de calculer. La machine calcule des millions de fois plus vite qu'un homme certes, mais depuis la nuit des temps nous essayons de dépasser notre corps pour aller vers "l'âme", les transhumanistes veulent dépasser le corps pour aller vers l'algorithme, mais il y a beaucoup de poudre de perlimpinpin, de stupidité, de "dollars" en jeu  et surtout une charge irrationnelle très forte. L'attitude transhumaniste s'assimile à une charge religieuse émotionnelle et réactionnaire en quelque sorte, c'est la haine du corps. La vie est une singularité qui n'est pas réductible aux éléments vus comme inertes qui la composent.

Le transhumaniste triche il sacralise en réalité la "façon technique", un monde qui colle au néolibéralisme sauvage un monde dans lequel tout est possible et rien ne doit céder à l'"augmentation", c'est le monde de l'individualisme forcené. Le transhumaniste dit le vivant c’est moi, donc c'est l'individualisme, moi je dis le vivant participe à la vie. On entrevoit un monde d'apartheid entre ceux qui seront plus ou moins augmentés et les autres qui seront des esclaves diminués. Derrière tout cela il y a des positions politiques archi-réactionnaires. "Avec le progrès on voit ce que l'on gagne mais on ignore ce que l'on perd".

 
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Narcissisme et Selfies, l'ère du vide

Le "selfie" se défini comme, un autoportrait photographique pris avec un téléphone connecté, tenu à bout de bras, ou fixé au bout d’une perche et téléchargé sur un réseau social. À chaque selfie posté, on donne volontairement trois informations, la photographie, sa légende et on se soumet au système de reconnaissance faciale. Les réseaux sociaux, tels que Facebook  ou les applications Google Maps, Google+, etc, ont la possibilité de récupérer nombre de données, dont la localisation, la date, le type de téléphone, le niveau de la batterie, l’opérateur, les réseaux Wi-Fi à proximité. Avec la marque de notre téléphone, l'entreprise présente des produits compatibles correspondant au modèle utilisé. La publicité est alors décuplée et ciblée, une mine d'or. En connaissant notre localisation, on propose des évènements près du lieu où nous sommes. On subtilise cependant notre pouvoir de décision et de découverte impromptue engendrant une forme de dépendance à l'objet. 

De nombreux psychologues associent les selfies au narcissisme, à la toxicomanie ou à la maladie mentale. Cette génération hyper connectée cultive le culte de la personnalité à l’extrême sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter ou Instagram et en ce sens, le selfie incarne cet égocentrisme aux proportions démesurées… Toutes les situations de la vie courante deviennent prétextes à l'autoportrait dans l'objectif du partage. Certaines personnalités ont réussi à exploiter le filon, au travers de cette forme de narcissisme doublée d’un exhibitionnisme ridicule.

David Veal, psychiatre, affirme que 75% de ses patients souffrant de troubles de dysmorphie corporelle (préoccupation excessive liée à un défaut de l’apparence physique) ont l’habitude de prendre plusieurs selfies dans la journée avant de les poster ensuite sur les réseaux sociaux. Plus inquiétant, les petites images nommées "likes", les partages, deviendraient les unités de mesure de la valeur des personnes.

Le philosophe B.VERGELY note que "derrière ce qui semble cool et branché se profile en réalité un monde "insensible". Si le jeune prend le pouvoir, ce n'est pas pour le partager mais pour son usage exclusif et tyrannique. Au lieu d'être ouvert sur autrui, il est seul, autiste, coincé dans sa bulle, un casque à écouteurs vissés sur la tête. Avec un élément en plus. Non content d'être perdu dans son propre son, il est désormais perdu dans sa propre image grâce aux nouvelles technologies lui permettant de se filmer et de faire circuler son image partout à travers le monde grâce au Web. Ce monde est celui de l'ultra-capitalisme, l'ultra-individualisme, l'ultra-libéralisme, du libre choix pour tous et, derrière lui, le monde de la solitude pour tous".

progrès de la communication

le pouvoir de l'image numérique impacte les échanges socio-économiques. La définition de pouvoir côtoie celle de la possibilité et celle du danger. Si le régime démocratique se caractérise par pouvoir du peuple, avec Internet les formes de communication tant politiques qu'économiques ont changé, fortement influencées par la culture de la performance, de la vitesse, l'information devient difficile à comprendre, à analyser, à évaluer. Internet est le creuset de l'instantané.

L'espace-temps a implosé, il se trouve modifié à l'échelle planétaire.  Le courriel est lié à une forme de réciprocité. Il s'agit d'être reconnu. Nous sommes tentés d'appuyer sur la touche "envoyer", soulevés par la passion, sans avoir réfléchi aux conséquences de nos actes. Combien de fois n'avons-nous pas entendu "ce n'est point ce que je souhaitais dire". L'échange numérique a exacerbé cette forme d'expression écrite. Il est cependant nécessaire de re-souligner la justification, l'argumentation, l'essentialité de la réflexion.

Ces nouvelles technologies ont commencé à nuire non seulement à nos capacités cognitives mais également argumentatives et rédactionnelles. Certes, elles offrent un nombre de possibilités incalculable, mais simultanément le "surfeur" navigue, s'exprime dans le brouillard médiatique, subit la pression de l'omniprésence de courriels, d'une surcharge informationnelle, il lui faut une "E-réputation".

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Internet nous rapproche, jamais nous ne nous sommes rencontrés, des liens peuvent se tisser, des valeurs se créer, en réalité la construction du rapport à autrui se trouve modifiée, le lien numérique s'apparente à une chimère. Les réseaux sociaux ont étranglé le concept d'amitié. Si nous maîtrisons à chaque instant un peu plus la nature, si la somme de nos connaissances enfle progressivement il est temps de se pencher sur l'affaiblissement du lien entre individu et civilisation. Il est urgent de se désolidariser du troupeau obnubilé par la performance, la consommation, la rentabilité, la notoriété et pourtant, fuyant vers le précipice du simple "profil".

 

Quoiqu'il en soit, il est indispensable de connaître les risques de cette forme de communication et agir en conséquence :

  • la perte de confidentialité est une constante ;

  • en ouvrant un courriel, vérifier l'identité de l'expéditeur en cas de P.J. ;

  • vérifier le nom du destinataire avant l'envoi de données (erreur de destinataire parfois catastrophique) ;

  • utiliser un mode SSL censé assurer l'intégrité de l'information, protocole inclus dans pratiquement tous les navigateurs, qui permet de parcourir  le web de façon théoriquement sécurisée ;

  • être conscient du risque de l'infection via les virus cachés dans les fichiers liés ;

  • croisez vos vérifications avec des destinataires connus pour parer à l'hameçonnage (phishing, filoutage), lorsqu'un message vous semble suspect ou ne répondez pas ;

  • au besoin appelez la personne qui vous a envoyé un courriel ;

  • protégez votre ordinateur pour qu'il ne devienne pas un transmetteur de "pourriels" au travers d'une passerelle (proxy) ;

  • en cliquant sur le lien "se désabonner" d'un courriel, il existe la probabilité de confirmation que votre adresse existe et vous recevrez plus de pourriels ;

  • et plus encore.

 

Avec l'essor de la technologie de communication électronique nous avons cru, un instant, au progrès de la communication telle quel…

LA CONVIVIALITE  I. ILLICH

Je veux m’attacher à montrer ceci : les deux tiers de l’humanité peuvent encore éviter de traverser l’âge industriel s’ils choisissent dès à présent un mode de production fondé sur un équilibre postindustriel, — celui-là même auquel les nations sur-industrialisées vont être acculées par la menace du chaos. En vue d’un tel travail, et pour m’y préparer, je soumets ce manifeste à l’attention et à la critique du public.

Cela fait plusieurs années que je mène une recherche critique sur le monopole du mode industriel de production et sur la possibilité de définir conceptuellement d’autres modes de production post-industriels. Dans un premier temps, j’ai centré mon analyse sur l’outillage éducatif; les résultats, publiés dans Une société sans école, établissaient les points suivants :

1.       L’éducation universelle par l’école obligatoire est impossible.

2.       Conditionner les masses grâce à l’éducation permanente ne soulève guère de problèmes techniques, mais cela reste moralement moins tolérable que l’ancienne école. De nouveaux systèmes éducatifs sont sur le point d’évincer les systèmes scolaires traditionnels, dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Ces systèmes sont des outils de conditionnement puissants et efficaces qui produiront en série une main-d’œuvre spécialisée, des consommateurs dociles, des usagers résignés. De tels systèmes rentabilisent et généralisent les processus d’éducation à l’échelle de toute une société. Ils ont de quoi séduire. Mais leur séduction cache la destruction : ils ont aussi de quoi détruire, de façon subtile et implacable, les valeurs fondamentales.

3.       Une société qui voudrait répartir équitablement l’accès au savoir entre ses membres et leur donner de se rencontrer réellement, devrait reconnaître des limites à la manipulation pédagogique et thérapeutique qui peut être exigée par la croissance industrielle et qui nous oblige à maintenir celle-ci en deçà de certains seuils critiques.

Le système scolaire m’est apparu comme l’exemple-type d’un scénario répété en d’autres domaines du complexe industriel : il s’agit de produire un service, dit d’utilité publique, pour satisfaire un besoin, dit élémentaire. Mon attention s’est alors portée sur le système de soins médicaux obligatoires et sur celui des transports qui, passé un certain seuil de vitesse, deviennent aussi, à leur façon, obligatoires.

La surproduction industrielle d’un service a des effets seconds aussi catastrophiques et destructeurs que la surproduction d’un bien. Nous voici confrontés à un éventail de limites à la croissance des services d’une société : comme dans le cas des biens, ces limites sont inhérentes au processus de croissance et donc inexorables.

Aussi pouvons-nous en conclure que les limites assignables à la croissance doivent concerner les biens et les services produits industriellement. Ce sont elles qu’il nous faut découvrir et rendre manifestes.

J’avance ici le concept d’équilibre multidimensionnel de la vie humaine.

Dans l’espace tracé par ce concept, nous pourrons analyser la relation de l’homme à son outil. Appliquant « l’analyse dimensionnelle », cette relation acquerra une signification absolue « naturelle ». En chacune de ses dimensions, cet équilibre de la vie humaine correspond à une certaine échelle naturelle. Lorsqu’une activité outillée dépasse un seuil défini par l’échelle ad hoc, elle se retourne d’abord contre sa fin, puis menace de destruction le corps social tout entier. Il nous faut déterminer avec précision ces échelles et les seuils qui permettent de circonscrire le champ de la survie humaine.

Au stade avancé de la production de masse, une société produit sa propre destruction.

La nature est dénaturée. L’homme déraciné, castré dans sa créativité, est verrouillé

dans sa capsule individuelle. La collectivité est régie par le jeu combiné d’une polarisation exacerbée et d’une spécialisation à outrance. Le souci de toujours renouveler modèles et marchandises — usure rongeuse du tissu social — produit une accélération du changement

qui ruine le recours au précédent comme guide de l’action. Le monopole du mode industriel de production fait des hommes la matière première que travaille l’outil.

Et cela n’est plus supportable. Peu importe qu’il s’agisse d’un monopole privé ou public : la dégradation de la nature, la destruction des liens sociaux, la désintégration de l’homme ne pourront jamais servir le peuple.

 

Le concept de néguentropie, encore possible ?

Qu'appelle-t-on PANSER ? B.STIEGLER

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Définir son antonyme l'entropie pour comprendre "néguentropie".

Sadi Carnot en 1824 dit que l'énergie se perd irréversiblement... THOMSON et BOLTZMANN en 1872 confirment que l'univers est un système dynamique physique allant vers son refroidissement en produisant de la dissipation d'énergie irréversible. le problème de la temporalité se pose et la notion de flèche du temps apparaît.

Le concept de néguentropie est formulé par SCHRODINGER en 1944.

Les êtres vivants ont une capacité à produire de l'organisation. LAMARCK parle alors de l'organique comme de l'organisé par le processus vivant. Le vivant va vers de plus en plus de complexité donc de néguentropie. KARL MARX et ENGELS ont posé le problème de l'exo-somatisme, l'être humain est un être qui produit ses organes, (ses organes de production) et il ne peut pas vivre sans ses organes.

Le problème étant le contrôle de ces organes exo-somatiques et par suite de domination sociale. ENGELS a écarté la théorie de l'Entropie, malheureusement. Aujourd'hui, nous vivons l'anthropocene

(la révolution industrielle étant son origine). Qu'est ce que l'anthropocene, c'est de l'entropie physique qui crée le chaos du climat, l'entropie biologique est la diminution de la biodiversité quant à l'entropie informationnelle, nous sommes tous perdus dans l'information parce que cette information est devenue entropique.

Nous sommes au stade final de l’anthropocène, confirmé par le G.I.E.C et c'est le dernier avertissement.

La communauté scientifique pose cet ultimatum. Les hommes et les femmes travaillent en étant privés de leur savoir. MARX affirme que cela démarre par le prolétariat mais que ça se terminera par le "Top Management". Les machines encapsulent le savoir faire des ouvriers et soumettent les ouvriers au contrôle par la machine. Aux États-Unis par exemple des milliers de juristes sont licenciés parce que des algorithmes travaillent plus vite qu'eux et mieux qu'eux.

Donc processus de prolétarisation généralisé, perte de savoir, puis calculabilité généralisé. Le capitalisme pose que tout est calcul, hors c'est faux. Pourquoi ? Il est démontré maintenant qu'un système "auto-calculable" est un système qui se détruit automatiquement. Une société vivante doit être un système ouvert pour fonctionner, ce système ouvert peut supporter les accidents de la flèche du temps en compensant l'effet de l'entropie par création de savoirs. MARX et ENGELS démontrent que les savoirs sont détruits par le calcul. Nous sommes au moment eschatologique de l’anthropocène, ou bien nous produisons des savoirs exclusivement humain, par exemple le savoir d'une mère (que le père n'a pas) cette capacité que la mère a d'élever son enfant, quel qu'il soit, à l'écart d'une norme, de façon singulière.  Le savoir artistique, le savoir du physicien, la capacité de remettre en question tout le savoir constitué, aller au delà, ou bien, je vous laisse conclure.

Or ce comportement est aujourd'hui détruit.

Bernard Stiegler a décidé de disparaître en août 2020. Philosophe et penseur de l'action il affirmait qu'Il n'y a pas de progrès technique et économique, si l’on oublie de prendre en compte la  loi de l’entropie qui régit l’univers. Face à l’enjeu climatique, les réponses technocratiques sont inadaptées. L'automatisation de la société est l'une des causes de la destruction du travail.

Avec l'ordinateur nous risquons de perdre notre pensée.

"en 2020 la crise sanitaire est loin d'être terminée, la crise qui en résulte ne fait que commencer et l'ampleur et la nature de cette catastrophe sont incomparables aux évènements historiques qui jalonnèrent jusqu'alors la grande aventure de l'Humanité"

"La technique et le temps" ; "De la jeunesse et des générations" ; "Bêtise et savoir au  XXI siècle".

 

conférence 2018

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La situation dans laquelle nous sommes, n’est pas « drôle », pour ceux qui pensent que la prédiction n’est pas avérée, que l’on s’est trompé, je vous rappelle que l’on ne parle pas du futur, on parle déjà du passé, au cours des quarante dernières années on vient de perdre 70% des êtres vivants à la surface de la terre, ce n’est pas une crainte de ce qu’il va advenir, c’est un bilan. Le fait que la vie est en train de mourir sur terre, c’est acté.

Ne croyez pas que c’est dû au réchauffement climatique, il n’a quasiment pas encore commencé. Il va arriver, je ne suis pas climato-sceptique et il sera grave, mais il ne faut pas croire que le but c’est simplement de sauver le climat.

Sans pratiquement aucun dégât climatique, on a déjà tué 70% du vivant par notre velléité à coloniser l’espace. Les non-humains non pratiquement plus d’espace pour vivre à la surface de la terre. Vous avez remarqué qu’il n’y a plus d’insectes sur nos pare-brises. Quand j’allais dans le midi avec mon papa, j’avais douze ans, on s’arrêtait toutes les deux heures pour nettoyer le pare-brise, maintenant ce n’est plus la peine. Donc, il y a quelque chose qui est en train de se passer en ce moment et je vous donne matière à réflexion, chacun proposera les réponses qu’il souhaite bien sûr, mais en y réfléchissant bien, je ne vois aucune solution possible. Si on regarde les choses de manière factuelle la seule solution pour sauvegarder une partie de la vie sur terre serait de nature révolutionnaire. Les voitures électriques, c’est une plaisanterie et c’est même pire qu’il n’y paraît car si ces voitures sont un tout petit plus « écolo » elles vont bientôt couter moins cher que les voitures à moteur thermique et donc on en vendra encore plus et ça polluera encore plus de toute façon.

Le rebond est presque inéluctable. Il faudrait donc un processus révolutionnaire, mais c’est une révolution à laquelle tout le monde perdrait à court terme, les pauvres comme les  riches. Dans l’histoire de l’humanité une telle situation ne s’est jamais présentée, le peuple se mobilisant pour  une révolution dans laquelle il perd. Je ne vois aucun moyen possible, rationnel, pour inverser la tendance. Il faudrait ré-enchanter un mode de créativité intellectuel qui ne soit pas forcément associé à la production d’objets matériels.

Comme tout le monde j’ai cru un moment que en étant ingénieur on allait trouver des objets technologiques qui auraient toujours un impact utile.

C’est une idée qui n’est pas tenable. La seule façon de s’en sortir sans être trop malheureux, c’est de changer notre désir. De se rendre compte que peut-être, écrire un livre, composer une sonate, ou je ne sais quoi est plus épanouissant que de pouvoir envoyer cinquante SMS à l’heure.

Je me suis permis de dire sur les réseaux sociaux que la 5G ce n’est pas nécessaire. Ça m’a valu des insultes incroyables. Je devenais un anti-science notoire, un Staline de l’écologie, parce que pour beaucoup de gens le fait de renoncer au progrès technique est impossible. Comme si le fait de diminuer sur un portable le temps de latence est un progrès, sans tenir compte de ce que cela va entrainer en terme mortifère, pour un grand nombre d’êtres vivants.

Le seul courriel de soutien que j’ai reçu, parvint d’un spécialiste de la téléphonie mobile.

Pour en revenir au système planétaire, une petite perturbation ne serait pas un problème, puisque naturellement on retourne vers l’état initial, mais nous sommes au-delà du niveau de dérèglement permettant un retour à l'état initial Aujourd'hui tous les indicateurs montrent que l’on ne retournera pas à l’état d’équilibre, mais qu’un processus auto-entretenu de dégradation est en route. Evidemment, je ne sais pas combien de temps il reste, deux ans, cinq ans, peut-être est-ce déjà trop tard, je ne sais pas et on ne peut dater le phénomène de catastrophe sans décrédibiliser l'appel à réagir,  mais il est certain que l’on ne peut pas continuer comme cela, pour tout au moins ralentir le phénomène. A.BARRAU   

CHAOS MULTIPLES

La question posée de la vérité au travers des pensées de Goodman et Derrida telle est l’entreprise à laquelle s’attelle dans « CHAOS MULTIPLES » A.BARRAU, Philosophe et Astrophysicien. Si GOODMAN s’inscrit dans la pensée analytique, J.DERRIDA développe une méthode de déconstruction des pensées et des textes. En utilisant leurs approches respectives, A.BARRAU s’efforce d’aborder un principe essentiel de la métaphysique évoluant selon l’historicité vers le mythe de « l’un » ou le mythe de « l’ordre ». Il s’agit d’ébranler tout à la fois l’unicité autant que la mise en ordre et découvrir une autre dynamique d’exploration de la vérité. Serait-elle l’étape dernière, protéiforme et corrélativement aux prémices de la philosophie.

Dans l’embrasement  de NIETZSCHE,  DERRIDA, présente la vérité comme force de loi mais sans évidence. Ici se profile la pluralité d’un archétype. DERRIDA croit à la vérité tout en ne souhaitant pas s’enfermer dans un diktat. L’approche constructiviste de la vérité  goodmanienne se situe dans la lignée de la métaphysique Kantienne. La question de véridicité  n’est signifiante que par rapport au monde adéquat. Nous sommes devant la pluralité du monde, avec la difficulté de l’i-réduction du correct à la conformité de la vérité.

Vient l’instant de l’interrogation sur l’arbitraire de l’ordre et de la vérité liés. La tradition conceptuelle humaine est de façon obsédante attirée par la mise en ordre du monde. Le nul part est un chaos, la finalité devrait selon Héraclite être autre part.  Le balancier ne cesse d’osciller entre la vision de l’ « un » et celle du « multiple ». Les deux abîmes ne sont-ils pas réconciliables, la clé est-elle une abstrusion pour la pensée humaine. Il nous faut commencer par comprendre l’achèvement vers lequel l’un, les uns et les autres tendent aujourd’hui et entrevoir un retour ou un avenir. Il est nécessaire de lire ces pages dans un contexte ouvert et sans présupposés acquis. G.O.  à suivre sans conteste.

Juin 2020

Le livre « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » d’A.BARRAU dresse le constat de la chute vertigineuse de la biodiversité. Ses observations appuyées par le consensus de plus de cent mille scientifiques ne sont certes pas nouvelles pour certains. Il faut souligner qu’elles sont sans appel. La stimulation de la mémoire collective sur cette question est primordiale. L’ambition de cet ouvrage est d’avertir les consciences du danger de la négligence, l’insouciance est un luxe qui n’est plus permis. Les trois quarts du globe ont été transformés par la praxis humaine. La surexploitation au présent de ce qu’il reste des ressources terrestres induit un véritable effondrement du vivant. Chaque année plus de 80.000 Kilomètres carrés de forêt disparaissent, 1000 milliards d’animaux marins sont tués par la pêche intensive, les pollutions liées à l’agriculture intensive, aux activités industrielles, détruisent peu à peu notre capital santé. La production de déchets, l’augmentation de la concentration de CO2  dans l’air que nous respirons, engendrent des effets dévastateurs. L’expansionnisme humain que l’on peut illustrer par cet exemple ; accroissement de la surface des villes de 400 millions de mètres carrés chaque année et conjointement destruction progressive de l’habitat des populations animales,  est la cause principale de la disparition biologique en cours.

Peut-t-on endiguer

cet effet d’emballement catastrophique ?

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Peut-t-on endiguer cet effet d’emballement catastrophique ? L’ampleur de la tâche est à la mesure des déprédations. Une piste essentielle, mettre fin à une consommation devenue exponentielle dans un monde fini. Reconsidérer notre rapport à l’argent, remettre en cause notre alimentation.  Cesser le phagocytage des lieux de vie survivants,  des populations animales pour tenter de retrouver un équilibre de la biodiversité. Nous vivons aujourd’hui dans un système mondialisé où seules quelques personnes possèdent la moitié des richesses, il nous faut réapprendre la solidarité. Repenser les relations humaines et notre rapport à la nature. A.BARRAU affirme en s’appuyant sur les études prospectives de milliers de scientifiques de par le monde qu’aucune innovation technologique ne sera capable de sauver le monde.

Penser le contraire conduit à l’inaction et à notre perte.

Ce ne sont plus des options, inventer l’avenir en s’appuyant sur le Beau, redécouvrir les valeurs du bon sens.

" Il n'est pas possible d'accompagner une évolution profonde si nous restons prisonniers de critères (économiques, sociaux, politiques, etc) d'un autre temps. La décroissance économique peut être vue comme une immense croissance intellectuelle, hédoniste, humaniste et écologiste. Elle n'est pas une régression."

Consumérisme et espoir d’avenir sont incompatibles.

Un essai à lire de toute urgence. G.O

Anthropocène l'abime de modernité

 

 

Les capacités techniques des sociétés humaines sont telles qu'elles sont capables de modifier à l'échelle d'une génération, ce que la planète a mis des millions d’années à former. De la température, à la composition chimique de l’atmosphère, l’océan, la végétation, la composition du sol, mais également la disparition des espèces animales et végétales, tout ceci évolue en un temps record.

L’ Anthropocène est l’ère du basculement le plus important de l’Histoire de l'humanité. Nous arrivons au terme du parcours de la modernité. L’homme a oublié de penser les effets de la praxis.

Certes dès la naissance de l'humanité, l’Homme participe à la modification du Monde. Puis débute la période de l’holocène  il y a environ 12 000 ans.

Elle est caractérisée  par les actions coordonnées des hommes sur la nature, c'est l’agriculture et l’élevage. Cette charge de transformation est alors supportable par la planète et est également réversible.

 

L’anthropocène est une nouvelle ère à effets systémiques et l'homme est devenu le principal vecteur de modification. Il a réalisé qu'il est devenu une force géologique majeure de changement. Un changement ? Non, un bouleversement. Les solutions proposées pour la maîtrise de son avenir sont quasiment antinomiques. Pile ou face, un jeu dangereux. Certains prônent le transhumanisme, l'homme maîtrise les éléments grâce à la géo-ingénierie et conserve son mode de vie.

Peut-on penser un oxymore tel que "développement durable"   dans notre espace fermé.

D'autres proposent le renoncement au développement du tout technologique plus nocif, qu'utile, au bien être de l'humanité. Réduire drastiquement l'emprise humaine pour mieux échanger avec la nature.   

 

Les scientifiques et notamment P CRUTZEN font débuter la période

de  l' Anthropocène au début de la révolution industrielle aux environs de 1780. Le changement devient planétaire, l'empreinte humaine se développe, envahit toute la surface de la Terre, la nature vierge n'existe plus ainsi que le décrira

C. Levi-Strauss, "le plus pénible est l'absence totale de solitude". Il ne s'agit pas d'une crise éphémère mais d'une situation aujourd'hui irréversible.

A l'horizon de l'année 2050 sur les 1,8 million d'espèces que compte notre planète, 1 million aura disparu.

Depuis l'avènement de la pensée critique philosophique nous savons que l'être vivant est en interaction avec le milieu dans lequel il évolue.

Ce sont nos modèles de production et consommation qui sont à l'origine de cette catastrophe annoncée, en particulier les bouleversements environnementaux. Il s'agit désormais de faire comprendre au plus grand nombre la nécessité d'une éducation à l'environnement, penser les sociétés en termes interdisciplinaires où toutes les dimensions humaines, sociales, artistiques se croisent. L'homme doit retrouver sa place dans son milieu en transformant totalement les structures sociales et économiques afin, tout au moins, de ralentir les effets délétères annoncés. A suivre…G.O.

le monde sans contact

 

Fascination et dépendance qui assurent la perpétuation de

l’ordre politique existant et de notre trajectoire vers la destruction écologique.

 

Avril 2020, la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement. les mesures de distanciation interpersonnelle et la peur du contact avec l’autre générées par l’épidémie entrent puissamment en résonance avec des tendances lourdes de la société contemporaine. La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possibles et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du COVID-19.LIRE